dimanche 14 février 2016

Portrait d'homme - 1 - Sensations

Jeudi.
Le bruit sourd de l'ascenseur.
Quelques pas dans l'air piquant, quelques volées de marche, et le bruit aigu du métro qui arrive.
Peu de passagers. Il est tôt. La foule des travailleurs moroses est encore sous la couette, ou sous la douche.
Le cliquetis de l'escalator. La gare. Les annonces de départ et d'arrivée se répondent de quai en quai. Enfin les saccades des roues sur les rails.

Il va dans cette ville de bord de Loire, passer quelques heures avec d'anciens collègues. Il a l'habitude de le faire. Sauf que cette année ce n'est pas pareil. Ce n'est pas pareil, car il est passé de l'autre côté, celui des retraités. 
Il n'apporte pas de nouvelles récentes du boulot, des collègues encore en activité. Non. Il n'apporte rien de neuf. De quoi va-t'il parler ?  De ce premier mois tant attendu d'inactivité professionnelle. Et d'avant, quand il travaillait encore. De ces collègues, jeunes encore, décédés récemment. Se souvenir d'eux. Quelle drôle d'année.

Il arrive un peu tôt, horaires du train oblige. Le journal, avec ses bonnes et mauvaises nouvelles, son sudoku, ses mots croisés, lui tient compagnie le temps de voir les visages connus et attendus arriver.

Restaurant. Ca discute. L'ambiance est amicale, parfois grave, parfois détendue. Son attention est attirée par une silhouette, là, une personne qui paye sa note. Cette allure, cette attitude. Non ce n'est pas possible, Elle est à des centaines de kilomètres de là, à son travail. Et pourtant... Son coeur défaille, sa raison déraille... Non ce n'est pas possible. Ce ne peut être son amour perdu. Son amour perdu, car il n'a pas su, pas voulu, pas pu, pas eu le courage, s'est laissé manipuler, enfermer. Son bel amour perdu. La personne se retourne. Non ce n'est pas Elle. Ses compagnons de table n'ont rien remarqué. Il a l'habitude de dissimuler ses émotions. C'est sa manière de vivre. Gaîté de politesse.

16 H. Il remonte le film à l'envers. Le train d'abord avec des correspondances compliquées. Il a le temps de penser à Elle. Et puis l'escalator qui descend vers le métro. Le métro cette fois-ci bondé de personnes fatiguées. La volée de marche qui le ramène à l'air libre. Les quelques pas jusqu'à la tour où il habite. Le chuintement de l'ascenseur jusqu'au 4ième étage. Le bruit sec de la serrure qui s'ouvre. 

Le quotidien qui reprend sa priorité. 
Et Elle toujours dans sa tête pour l'éternité.

11 commentaires:

  1. trop beau ce texte ! c'est à ton atelier ? tu vois que tu es douée ! J'ai vu toutes les images ...

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  2. Merci Mel.

    Texte créé cette nuit dans ma tête lors d'une très longe insomnie.. Il fallait que je l'écrive... Et peut être le faire lire à l'animatrice de l'atelier d'écriture lors du prochain week-end.

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  3. super, ça ne me vient pas aussi facilement, à part quelques bribes de poésie ...

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  4. c'est beau suzame! un texte dense aux phrases simples, mais fortes
    C'est vraiment beau!!

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    1. Merci Coum. Tu sais combien ton appréciation compte pour moi.

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  5. Oui, c'est très beau, Suzame, et très imagé. J'ai aimé le lire, et penser à cet amour perdu, moi aussi.

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    1. Merci Françoise. Tu as aimé le lire. J'ai aimé le penser et l'écrire.

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  6. J'admire que tu aies créé ce texte dans ta tête la nuit, et que tu te sois levée pour l'écrire... bravo !
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Oh Célestine !

      Oui créé ce texte dans la tête pendant une nuit d'insomnie. Mais écrit seulement le lendemain.
      J'aurais peut être du me lever pour l'écrire. Cela aurait calmé mon cerveau bouillonnant et j'aurai trouvé le sommeil.
      Belle journée à toi ¸¸.•*¨*• ☆

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    2. Je dis ça parce que moi, ça m'arrive de le faire...
      je suis une noctambule, et une créatrice de la nuit.
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  7. se lever pour écrire ! je ne l'ai pas encore fait... le matin c'est souvent envolé hélas...

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Moisson

En écho à Mel   et à son beau métier A voir  ICI