vendredi 12 avril 2019

En passant

C'était mercredi soir.
Le téléphone de ma fille vibre. Elle décroche. C'est son père. Elle change de pièce pour tenir la conversation.. puis elle revient avec un très joli, vraiment très joli sourire sur le visage.

Et moi je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire que cela la rendait heureuse d'échanger avec son père, qu'elle était contente. Que de me voir elle n'exprime jamais un tel contentement.

Déjà que la situation me pèse, que je la trouve injuste.. depuis mercredi soir cela s'est exacerbé.

Je trouve cela injuste que je doive gérer au quotidien les humeurs, les fragilités de ma fille. Que je ne récolte que les mal-êtres, les incertitudes. Que je ne sais jamais quand je rentre à la maison si l'ambiance va être pesante, ou légère. De m'obliger à lui proposer des choses le week-end pour la "distraire" alors même que j'aurais envie de ne rien faire, de sortir ou d'aller voir une amie. D'être obligée de rendre compte de ce que je fais, sinon elle s'inquiète. D'être responsable des médicaments et de me sentir culpabilisée si un matin j'oublie de les déposer sur la table.

C'est injuste.

C'est pareil avec mon fils. Il va bien lui.... Mais...

Mais quand il va voir son père il va vraiment passer du temps avec lui du vendredi soir au dimanche soir.
Quand il vient chez moi il est à peine arrivé qu'il pense déjà à repartir.
Si je cumulais tous les temps passés sur toute une année, je suis certaine que mon fils passe plus de temps avec son père qu'avec moi.

C'est injuste.

Il est parti, le père,  me laissant détruite, avec deux enfants majeurs qui n'étaient pas là à ce moment là, mais qui sont revenus depuis, puis repartis, puis revenus et encore repartis.
De nouveau revenue pour ma fille.

C'est une charge mentale étouffante... malgré tout l'amour que je porte à ma fille.
C'est une déception que mon fils ne cherche pas à me rencontrer.

C'est injuste.

8 commentaires:

  1. je te comprends oh! combien suzame!
    Non ce n'est pas "juste", c'est pesant parfois d'avoir la charge mentale de tout!
    Mes deux filles aînées sont dans le même scénario que ta fille! c'est exactement comme tu le décris! Moi-même du temps de ma mère en maison de repos je m'occupais de tout, linge, médicaments, petits extras. Mes frères venaient une fois tous les mois et ma mère me vantait leur gentillesse... se montrait toute contente de les voir (les pauvres ils ont tant de travail!)
    Je t'embrasse fort et te souhaite tout le courage dont tu as besoin pour aller de l'avant!

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  2. Merci Coumarine de ton partage. Je me sens moins seule. On nous demande beaucoup à nous les mères, femmes,filles. Parfois c'est trop.
    Bises d'ici .

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  3. Oui, c'est injuste et je pense que vous avez raison d'en parler à votre fille. Peut-être n'est-il pas nécessaire, lorsque vous n'en avez pas la force ni l'envie, de proposer des activités le week-end pour la distraire.
    Je pense à une de mes amies disant que les enfants -même grands- s'appuient, demandent, beaucoup au parent dont ils ne doutent pas de l'amour et moins à l'autre qu'ils ménagent. Ce pourrait être le cas chez vous. C'est injuste.
    Ma fille aînée allait mal -le même genre de mal que la vôtre- et lorsque je demandais à "mon" psychiatre ce que je pouvais faire pour elle, il me disait "Allez bien vous-même, occupez-vous de vous et le reste suivra". Au début, je ne comprenais pas et, petit à petit, j'ai accepté de ne pas avoir de pouvoir sur son état de santé. Et, bizarrement, en m'occupant de moi, j'ai mieux pris les choses et nos relations s'en sont grandement améliorées.
    J'espère que ces quelques mots auront un peu allégé votre peine.
    Bonne soirée.

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    1. Merci Chantal de vos mots.

      "Ne pas avoir de pouvoir" sur sa santé. J'en ai pris conscience l'automne dernier... au bout de 15 ans.

      Et oui s'occuper de soi d'abord... Je le fais de plus en plus.

      Merci de votre lecture attentive. Belle journée à vous.

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  4. Hélas, cela est courant, c'est souvent la personne qui en fait le plus qui est la moins considérée, la moins remerciée, comme si c'était tout à fait normal. Je comprends que tu trouves cela injuste, Suzame, tu as bien fait d'en parler à ta fille. Et je trouve que ce que dit Chantal est tout à fait juste, vivre pour soi avant tout, ne pas culpabiliser et ne pas te sacrifier.
    Bon courage. Je t'embrasse fort.

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    1. Merci Françoise d'être là. Vivre pour soi au risque que l'on vous qualifie de personne egoïste...

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  5. Nous vivons souvent les choses injustes comme très douloureuses...
    C'est vrai. Mais comme le dit Chantal, s'occuper de soi permet de relativiser...autant que faire se peut.
    Dis toi que si son père la fait sourire, c'est parce qu'elle ne vit pas avec lui au quotidien. Dis toi que si c'était le cas, c'est avec toi que ce serait léger. Cela ne vient donc pas de toi, mais de la situation...
    Mais serais-tu prête à la laisser partir chez son père ?
    Je t'embrasse ma douce amie, des bisous de fée
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Oui je serais prête à la laisser partir chez son père... c'est lui qui n'a pas "la place"... un week-end ça va... mais pour plus longtemps. Je suis certaine qu' "ON" ne lui permettrait pas... Et que lui même ne le souhaite pas... Quand on refait sa vie on ne s'encombre pas d'un enfant adulte en grande difficulté alors que la mère vit seule...

      Tu vas peut être me trouver dure... Je suis juste lucide...

      Bises Madame la douce Fée
      •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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